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Protégés de la lumière et de la poussière, les costumes que vous allez découvrir vous racontent l’histoire de la mode à Arles depuis le XVIIIᵉ siècle.

Face à vous, cinq silhouettes des années 1770 et 1780, époque de pleine activité pour l’atelier de couture des sœurs Raspal.
Remarquez que les Arlésiennes du Tiers État portent une coiffe protégeant la chevelure et encadrant le visage. C’est à ce moment-là qu’elles font naître une mode unique et reconnaissable, qui les distingue des autres villes de la région et du pays.

Ne disposant d’aucune manufacture textile dans la ville, elles se fournissaient ailleurs. La foire de Beaucaire leur offrait chaque année la diversité et la quantité nécessaires. Dans les stands éphémères, on trouvait des étoffes venues d’Avignon, de Marseille, d’Aix-en-Provence ou de Nîmes, mais aussi de Lyon, Jouy-en-Josas, Mulhouse, Genève, du Levant, de l’Orient ou des Indes.

Catherine et Thérèse Raspal, marchandes de mode locales, maniaient avec brio tous ces textiles et s’inspiraient de la mode de la cour de Marie-Antoinette. Observez la correspondance entre les vêtements aristocratiques et ceux des Arlésiennes.

Avancez vers les deux vitrines suivantes : elles illustrent les changements de mode avant et après la Révolution française.
Les opinions politiques s’affichent dans les couleurs et les symboles. Le Premier Empire apporte un vent de nouveauté, notamment dans la vêture féminine, avec les robes à taille haute donnant aux femmes des allures de prêtresses antiques.

Le retour de la monarchie, avec Louis XVIII sur le trône dès 1815, influence de nouveau la mode. Les Arlésiennes, attentives aux évolutions stylistiques, recréent un costume identitaire et reconnaissable. Les symboles de l’Ancien Régime réapparaissent, transformés et modernisés : la croix maltaise, le bracelet en or appelé « coulas », ou encore le « droulet », vêtement emblématique ressemblant à un boléro de face, à manches longues retroussées, et ouvert dans le dos en quatre pans flottants sur la jupe.

Au XIXᵉ siècle, les artistes tombent sous le charme des Arlésiennes.
Ils réalisent de nombreux portraits, tantôt de femmes brunes aux yeux noirs, tantôt blondes aux yeux clairs, rappelant le métissage qui a marqué la cité antique au fil des siècles.
En visite à Arles pour étudier ses monuments antiques, ils consignent croquis et descriptions dans leurs carnets. Certains fixent à jamais ces visages sur la toile, nous offrant de précieuses sources pour l’histoire du costume.